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Je ne veux pas me déconstruire.
Je me mégenre toujours moi-même.
Je regarde la monstration des mutants
en manque de sucres lents dans des hangars
Je suis encore plus spécial que toi.

Je ne veux plus écouter Paul, Anne, Virginie
je ne veux plus saluer mes amis
qui m'appellent par un prénom
qui ne veut rien dire.

Ils n'ont pas vu les ombres à l'intérieur de ce prénom
il est vivant, respire, peut se tuer
je prépare la mise à mort de mon prénom.

Je ne veux pas être perçu
je ne veux pas être un corps répréhensible
je veux être une onde, gynandre, incolore dans le cloud

Je ne me reconnais dans rien
ni dans les théories
ni dans les bouleversements de l'espace économique
ni dans les catastrophes naturelles
ni dans les conciles où se rassembler
en pontes artificiers
ni dans le balancier des forces et des organes contraires
ni dans les déformations surnaturelles du langage
ni dans le mouvement des foules non conformes
convaincues, persuadées
que le monde se sauve.

Ce ne sont pas les assignations
les substitutions hormonales
ce ne sont pas les peaux, les saillies
coffrées dans les binders
ce ne sont pas les ceintures
les chiottes où les gouines comme moi
refusent de ne pas pisser debout
ce n'est pas dans les livrets de famille
sous les buissons
ce n'est pas dans les baignoires
les réseaux
les purgatoires
que je trouve la place
la place n'existe pas.
La place s'aménage comme
le dernier territoire.

Je ne ferme pas les îles,
je suis en mouvement,
la binarité suprême au sein de ma non-binarité
s'annule
ce ne sont pas les castes ou les stratagèmes,
les polycules
ce n'est rien
car je ne me reconnais plus
que dans les algorithmes
plus proches de moi que ma mère.

Rien ne s'adresse à moi,
ni les procédures de métamorphose
ni les mues
ni le goût des sangs qui changent quand on y injecte des flux
des agents violents.
Je suis finie en soi, parachevée, immense,
comme ma peau vaste
une peau en lutte
qui s'agite et repousse
les limites de cette fin
invitant le début
poussant au sinistre, à la catastrophe
au recommencement des sexes
les uns a l'intérieur les autres
comme des tumeurs dans des corps
autophages, affamés,
qui veulent s'entremanger
dans un infini festin.

Je ne m'accouple pas
Je ne suis pas singulier.
Je ne suis pas une plante agame
plutôt un crabe dans la bahine
plutôt invertébré
je porte
l'ennui, le secret, la rage inerte,
l'impossibilité d'être elle
la possibilité d'être violent
la forme du corps maudit que je ne veux pas être
mais devenir
pas baiser, conquérir
pas consommer mais manger
je me mange moi-même
je suis pas née pour rien.



texte et visuel : GATA